BeatrizMilhazes

What can art tell us about perception?

L’art que peut-il nous dire de la perception?

La fondation Cartier présente simultanément une peintre et un photographe dont les démarches artistiques sont antagonistes. La première, Milhazes, tente de reproduire avec des formes géométriques abstraites, et des couleurs appliquées sur la toile, des impressions de réel.

Le second, Eggleston, tente de reproduire avec des formes et des couleurs du quotidien, de la rue, des impressions de peinture abstraite. Dans les deux cas, les artistes cherchent à suggérer, non pas à représenter.

Ce sont les moyens qu’ils mettent en oeuvre pour parvenir à suggérer cet ‘autre chose’ qui sont significatifs des mécanismes perceptifs en jeu, ou plutôt de l’intuition que les artistes ont de ces mécanismes perceptifs.

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Les oeuvres de Beatriz Milhazes produites sur les dix dernières années tentent de recréer une atmosphère. Luxuriance, nature exubérante, textiles, objets et textures de son quotidien brésilien sont la matière de ses tableaux qui sont conçus comme des collages. Des collages de couleur. La technique particulière de Milhazes consiste en appliquer la couleur sur un adhésif, qui est ensuite appliqué sur la toile. La couleur est ainsi transférée de l’adhésif sur la toile.

BeatrizMilhazes

LA FORME ET LA SUGGESTION

Le caratère géométrique de ces peintures auraient pu être rendu par une peinture simple, une application traditionnelle de couleur sur la toile avec l’aide d’un pinceau. Mais une approche traditionnelle de la coloration n’aurait pas donné aux toiles cet effet de bi-dimensionalité, de plat. L’imperfection du transfert de la couleur, les petits espaces blancs occasionnels que l’on retrouve entre les différentes formes géométriques y contribue. L’impression de collage qui résulte de cette technique accentue son aspect géométrique et, à la fois, donne la nette impression que la perception générale de luxuriance, de nature exubérante, de textiles repose sur l’assemblage d’éléments géométriques simples. Une peinture traditionnelle, si elle avait reproduit des fleurs en assemblant et superposant des disques de couleur n’aurait pas donné cette impression de construction. L’assemblage des formes géométirques aurait été organique, comme intérieur au dessin lui même. On aurait alors parlé d’une description des fleurs, par exemple, par des formes géométriques. Alors que là, il s’agit de créer de fleurs en les suggérant. Pas de les décrire.

Comment est ce que la succession et la superposition de cercles suggèrent l’extérieur, le jardin, la nature, la forêt dans le premier tableau, et l’intérieur d’une maison dans le second? Outre les semblants de dentelles que la finesse du dessin dans le deuxième tableau semble suggérer, toute la question de ce que l’artiste conçoit intuitivement comme étant les mécanismes perceptifs s’articule autour de cette usage du cercle. Milhazes parvient à suggérer le jardin, la nature, ou l’intérieur d’une maison, en se servant, bien que différemment, de plus ou moins un même ensemble de formes ‘élémentaires’. Si elle se sert de ces formes élémentaires c’est parce qu’elle les concoit comme des primitives perceptuelles qui, lorsqu’elles interagissent entre elles (se superposent, se cotoient), vont provoquer une impression chez l’observateur. Certaines formes, bien qu’élémentaires dans la peinture elle-même, ne sont pas ‘simples’ dans un sens géométrique (les spirales par exemple). Si l’artiste s’en sert tout de même, c’est parce que, au même titre que les formes plus simples, l’artiste les conçoit, à juste titre, comme provoquant chez l’observateur une certaine impression, de nature dans le premier cas, d’intérieur dans le second.

Qu’est ce qui opère donc comme des primitives perceptuelles? L’art et la pratique artistique peuvent peut-être nous en dire un peu plus sur cette question de la cognition perceptuelle.

LE ROLE STRUCTURANT DE LA COULEUR

La couleur, outre la façon dont elle est appliquée, a un autre rôle structurant dans les oeuvres de Milhazes. Bien que le collage des couleurs crée une impression de plat, de bi-dimensionalisté, il y a de la profondeur dans ces toiles. Le jeu de profondeur n’est pas causé par les formes ou la perspective, bien que nécessairement un peu tout de même par les superspositions et parfois les transparences. L’impression de profondeur est principalement causé par l’alternance des couleurs saturées et désaturées.

La couleur est aussi particulièrement structurante dans l’oeuvre de Eggleston, où le photographe cadre ces photos en fonction des couleurs. La composition d’une photographie repose autant sur la distribution des couleurs dans le cadre, que des formes. C’est comme si Eggleston était à la recherche de la couleur à intégrer dans ses photographies. Les couleurs qu’il choisit d’intégrer à ses photographies détermine les angles, le rapprochement ou l’éloignement, au détriment de la ‘signification’ de l’image. Ce n’est pas un passant sous la pluie que la photo de l’affiche suggère, mais d’abord une tâche de lumière verte. C’est parce qu’il accorde ce rôle inhabituel à la couleur que les
photographies de Eggleston ont quelque chose d’une toile, et suggère la
peinture abstraite.

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